L’histoire de Pomy, par Christine Tranchant

Introduction
L’histoire de Pomy peut sembler insignifiante si l’on considère que c’est aujourd’hui un tout petit village cul-de-sac entouré de hameaux dispersés, mais dès que l’on se penche un peu sur les sources historiques concernant ce village, on s’aperçoit qu’elles ne sont pas si anodines, et qu’elles inscrivent le village dans un contexte historique très riche.
Même si la population actuelle est relativement restreinte, cela n’a pas toujours été le cas, et il faut imaginer le village foisonnant de vie dans les temps anciens.

Moyen-Âge
L’existence d’une église à Pomy est, d’après les sources conservées aux Archives Départementales, très ancienne, puisque le plus vieux document citant l’église date de 1360.
Pomy se nomme alors Ponte Mirone et l’Archevêque de Narbonne y prend le tiers de tous les fruits, ainsi qu’aux Rabous de Courtauly, alors dénommés Babone, qui était alors associée à Pomy.
Ce n’est certainement pas la même église, le même bâtiment, que nous pouvons observer actuellement, car elle a subi en six siècles beaucoup de transformations.
La proximité du ruisseau traversant le village, certainement plus large qu’aujourd’hui, et la présence de terre argileuse ont tout naturellement conduit nos ancêtres à construire une tuilerie dans le village, parallèlement à une activité d’élevage et à une exploitation agricole des terres environnantes.
Le village est encore cité dans la période de 1389 à 1589 (sans plus de précision sur la date) et porte le nom de « Ponte Mire ou bien Pomy en la juridiction de Montaud ». Jean Senhier déclare y  «avoir quelque droit ». Jean et Jacques de Monjardin y dénombrent les deux seigneuries de Pomy et Montaud en Razès. Le nom actuel commence donc à apparaître.
De fait, comme dit plus haut, l’étymologie de Pomy n’est pas Pometum (verger, lieu planté de pommiers), comme l’avait d’abord écrit l’abbé Sabarthès avant de faire des recherches plus poussées, mais bien Ponte Mirone (Pont de Mirone).

Renaissance et Grand Siècle
L’écusson de Pomy, en 1696, est d’or à une bordure de sable. En 1594, les archives citent l’église de Poumi, altération occitane de Pomy, et en 1639, cette dernière date nous mentionnant pour la première fois son patronyme, Saint-Paul.
Le premier compoix de Pomy qui est conservé aux Archives Départementales qui date d’avant 1687 et les actes notariés du XVIIe siècle nous parlent des campagnes que nous connaissons bien:

-Saint-Pierre qui est un ancien prieuré : Saint-Pierre d’Aléat et qui garde la clé de Saint Pierre sur ses murs.

-Melliès dont les habitants principaux du hameau sont évidemment (!) des Melliès de père en fils depuis le XVIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle, une véritable dynastie de plusieurs siècles, soit au moins 6 générations connues, essaimant dans les hameaux (Beillou) et villages environnants (dont certainement le célèbre cinéaste Georges Meliès, dont les premiers ascendants connus sont de Chalabre).

-Le Rouget dont les habitants principaux du hameau sont des Cadène de père en fils jusqu’à la fin du XIXe siècle, là aussi une autre dynastie d’au moins 9 générations.

-La Jasse où certains Cadène et Melliès, entre autres habitants, vinrent demeurer.

-Irlat dont la construction remonterait à 1639 si l’on en croit la date peinte à la partie supérieure du mur pignon (illisible maintenant mais visible lors de la visite des historiens des Archives Départementales) et l’ancienneté des faïences anciennes scellées sur la façade est de la maison, dont les habitants se nommaient Irlat mais dont la filiation s’est perdue.

-Perpignan, cité en 1763 dont la dynastie est la famille Bouille, toujours actuellement présente depuis 10 générations, record de longévité pour cette famille.

-Beillou qui se nommait Galiébou, donné à l’occasion de son mariage en 1711 à l’un de mes ancêtres, Antoine Julien Vayre, par le prêtre de Pomy, Jean Bergaud, son oncle, et dont la valeur était estimée à 800 £ivres Tournoises. Celui-ci s’engage à rendre logeable la métairie, qui devait donc déjà être ancienne. Fait curieux, ce prêtre est venu du Cantal en 1702 avec son neveu pour vivre et travailler à Pomy. Les distances ne leur faisaient pas peur. En arrivant, il effectue une « réquisition » devant le Comte et consul de Pomy, le sieur Henry Dupuy, « trouvé au devant du château », pour rénover le presbytère qui est « très mal logeable ». Six ans plus tard, il commence le premier registre paroissial de Pomy, nous permettant de savoir avec exactitude les dates de naissance, mariage et décès des habitants de Pomy.

-Capiès, cité en 1697 avec le Noble André Dupuy seigneur de Capiès et habitant de Limoux.

-D’autres campagnes sont aussi nommées, mais sont aujourd’hui disparues : Cintat, Regord, la borde de Bertran, Cailhol, … peut-être à l'emplacement de La Lauzette...
4 Siècle des Lumières

Au XVIIIe siècle, la seigneurie de Pomy est aux mains de Joseph d’Hautpoul, seigneur de Montaut et de Pomy. Il vit à Limoux, mais possède un château à Pomy. D’ailleurs, l’église aurait été restaurée en 1785 par le Seigneur Mr d’Hautpoul, non loin d’une habitation seigneuriale séparée d’environ 30 mètres de l’église, d’après une source de la fin du XIXe siècle.
Effectivement, on peut encore admirer un château ancien restauré en partie, avec une bretèche, une fenêtre à meneaux, une grande cheminée, flanqué d’une tour à deux étages avec des encadrements de fenêtre chanfreinés, …
Pomy traverse la Révolution avec quelques péripéties: En l’an II, le 27 Floréal, l’abbé Tailhan démissionne et est sommé de se retirer à 10 lieues de sa résidence. Il avait prêté serment à la Constitution de 1792.
Deux ans plus tard, l’église est dite « fort délabrée ».

XIXe siècle
Des visites pastorales au XIX° siècle nous dévoilent une église modeste régulièrement entretenue et restaurée de temps à autre.
En 1807, le visiteur note une chapelle dédiée à Sainte Anne qui est vétustée, dont il n’existe presque plus rien sur le lieu appelé Les Chapelles.
En 1875, une de ces visites nous décrivent une église au style ogival un peu surbaissé, agrandie et refaite presque en entier en 1866 et 1867, avec comme aujourd’hui deux autels collatéraux peu décorés adossés à la muraille du fond du chœur, faisant pendant au maître autel en briques plâtrées. « Vu la proximité du maître autel qui vient d‘être renouvelé, ils semblent faire office de crédences. »
La pierre sacrée a été prise à l’Evêché, et le sceau épiscopal est apposé à l’un des trois autels.
Il n’y a pas de chapelle, pas de tribune, mais une chaire en bois de noyer ciré ordinaire, un chemin de croix en papier d’avant la réparation de 1833, quatre statues: la Sainte Vierge, Saint Paul, Notre Dame de Lourdes, Sainte Germaine.
Les fonts baptismaux ne sont pas encore placés. Le clocher est considéré comme ayant une pique assez informe, avec une cloche depuis la grande Révolution. A la question: « Le nombre de chantres est-il suffisant? » La réponse est: « Suffisant ou non, il n’y en a que trois ».
Le confessionnal est en mauvais état à cette date. L’acquisition d’une statue de Saint Joseph vient d’être faite.
En 1887, l’église est décrite comme bien tenue et presque coquette avec voûte et beaux vitraux dans le chœur et dans la nef et un autel majeur « magnifique ».
Cet autel, en briques plâtrées, était décoré de sculptures représentant les quatre évangélistes et sur les côtés des motifs peints.
On peut aussi admirer les 2 vitraux de la nef, Sainte Anne et la Vierge, celui du chœur ayant été détruit et remplacé par un vitrail neuf représentant le Christ en croix. Les statues sont toujours celles de la Sainte Vierge, Saint Paul, dans le chœur, Notre Dame de Lourdes, Sainte Germaine, Saint Joseph et une nouvelle, Saint Antoine de Padoue, dans la nef. La chaire, le confessionnal, le chemin de croix, les fonts baptismaux dans la salle attenante sont toujours là. Deux stalles sculptées se sont ajoutées au mobilier.
La carrière de pierre désaffectée qui longe la route de Pomy peut nous faire penser à la riche ressource en grès qui a servi à construire nos maisons et murets.
La population de Pomy a atteint un maximum en 1790 avec 274 habitants, pour une cinquantaine maintenant. Les habitants de Pomy ont subi comme tant de populations rurales l’exode vers les villes, mais continuent cependant à entretenir soigneusement leur patrimoine transmis au fil des siècles.